Les réorg' chez les facteurs ? transformation du travail et compression d'effectif

Les réorganisations à la distribution postale
Depuis le milieu des années 2000, la Poste réorganise, à un rythme soutenu – environ tous les deux ans – les centres de courrier (établissements où travaillent les facteurs). Les directions justifient ce rythme effréné par la baisse du courrier intervenue à la même période. Cette baisse est en effet significative puisque les plis courrier sont passés de 19 milliards en 2002 à 10 milliards en 2018. Dans le même temps, les colis et petits paquets internationaux ont augmenté, tendance qui s'explique par l'explosion du e-commerce. Les lettres recommandées sont aussi un flux en croissance, ce qui peut se comprendre comme une recherche de sécurisation des échanges par voie postale.
Face à ces évolutions des flux d'objets postaux et de leur nature, dues à la « révolution numérique », la Poste a pour stratégie de changer son modèle économique et organisationnel. Elle cherche à développer un ensemble de nouvelles activités de service, telles que Veillez Sur Mes Parents (VSMP), la plus connue mais celle ayant aussi provoqué le plus de controverse. À côté de ces « nouveaux services » qui n'ont pour l'instant pas encore atteint l'ampleur escomptée1, deux changements profonds ont touché la distribution :
  • D'une part, une transformation de l'organisation du travail et du métier de facteur
  • D'autre part, une diminution considérable du nombre de tournées et de facteurs au niveau national
Du côté des changements organisationnels, le programme « Facteur d'avenir » lancé en 2003, puis « l'accord distribution » de 2017, ont modifié aussi bien le fonctionnement que le métier de facteur. Du côté de la productivité, de 2011 à 2017, le nombre de tournées est passé de 61 000 à 51 000 (-16%). Le nombre de facteurs ayant lui aussi fortement diminué, passant de 100 000 au début des années 2000 à 70 000 aujourd'hui (-30%).
Ces réorganisations incessantes modifient en profondeur l'activité de travail des facteurs et comprime considérablement les effectifs. Cela provoque des situations de perte de sens au travail et d'identification, avec une forte souffrance au travail ainsi que des atteintes avérées sur la santé tant physique que mentale des agents.
Ces réorganisations sont source d'importantes contestations2. À la Poste, spécifiquement à la distribution, la conflictualité, mesurée en nombre de jours de grève par agent, s'avère élevée. Elle est supérieure au secteur privé et à la fonction publique. Concernant les enjeux locaux des centres de courrier, ces vingt dernières années, un quart des grèves en sont l'objet. Plus précisément, entre 2013 et 2018, des chercheurs ont comptabilisé plus de 1000 conflits à la distribution, dont 90% avec un recours à la grève. Ces conflits portent majoritairement, à plus de 60%, sur un projet de réorganisation (que ce soit lors de son annonce, ou après son application).
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