La réforme du 15 novembre 2024 vise à la fois à réduire les dépenses du régime et à simplifier l’accès à l’indemnisation pour certains demandeurs d’emploi.
L’essentiel des mesures montera en charge progressivement, puisqu’elles s’appliquent aux "nouveaux entrants", les allocataires ayant une fin de contrat de travail depuis le 1er avril 2025. Jusqu’à fin 2028 (la période d’application prévue), 2.3 Md€ d'économies seraient libérés (infographie n° 1). "L’ensemble des mesures hors mensualisation concerneront environ 320 000 allocataires, soit 15 % de l’ensemble des allocataires", précise l’étude d’impact de l’Unedic.
Mais quels seront les impacts concrets ? Qui en sortira gagnant ? Qui sera pénalisé ? Revue de détails.
Article extrait de Décodage n° 44 | Octobre 2025
Infographie n°1 :
Impact global de la convention 2024
(yc financement retraites complémentaires et France Travail)
La mensualisation des allocations :
première mesure d’ampleur
Comme indiqué dans notre article précédent (cf. Décodage n° 43, septembre 2025), les allocations chômage sont versées depuis avril 2025 sur une base forfaitaire de 30 jours par mois, quel que soit le nombre de jours calendaires.
900 000 allocataires sont impactés négativement chaque année, soit 43 % des nouveaux demandeurs d’emploi. La perte de revenus médiane serait d’environ 100 € en tout, avec une perte de 1 à 7 jours d’indemnisation pour 85 % des allocataires concernés. N’oublions pas que les personnes qui retrouveront un emploi avant la fin de leurs allocations percevront moins d’allocations qu’avant. Les "non perdants" seraient les allocataires qui consommeraient intégralement leur droit à ARE, soit moins de 2.2 % des chômeurs indemnisés, selon notre estimation.
Avec cette mesure, l’Unedic réaliserait 1.34 milliard d’euros d’économies entre 2025 et 2028.
La limitation du cumul ARE & activité non salariée :
un coup de massue pour les nouveaux entrepreneurs
Ce texte se substitue au décret, dit de carence, n° 2019-797 du 26 juillet 2019. Les partenaires sociaux retrouvent ainsi la compétence qu’ils tiennent de la Loi en matière de gestion de l’assurance chômage. "À partir de 2017, les partenaires sociaux ont fait l’objet d’une certaine défiance et d’attaques contestant notamment leur légitimité à fixer les règles d’assurance chômage (…). Aujourd’hui, force est de constater que ce paritarisme, que l’on disait hier moribond et illégitime, a repris des couleurs", expliquait mi-avril 2025 Julien Damon, sociologue.
Les chômeurs qui créent ou reprennent une entreprise ne peuvent désormais plus cumuler entièrement leur allocation chômage (ARE) avec leurs revenus d’activité non salariée au-delà de 60 % du capital de leurs droits restants. Le reliquat de 40 % ne peut être versé ultérieurement que sous de strictes conditions (voir Décodage n° 43, 2e infographie, p. 11).
Qu’est-ce que l’ARE ?L’allocation d’Aide au Retour à l’Emploi (ARE) est un revenu de remplacement versé par France Travail à la suite d’une perte d’emploi. Consultez le site de France Travail pour tout savoir sur l'ARE. |
Selon les estimations de l’Unedic, environ 100 000 allocataires seraient touchés par an, soit 5 % des nouveaux demandeurs d’emploi. En régime de croisière, 50 000 allocataires ne seraient plus indemnisés chaque mois. D’un point de vue financier, cette mesure entraînerait un recul moyen de 5 000 € de leur revenu de remplacement (27 % de leur indemnisation totale) ou 120 jours de droits en moins, en moyenne.
Certes, ce nouveau dispositif vise à encourager un retour plus rapide à l’emploi salarié. Semblent principalement visés les hommes diplômés, qui quittent leur emploi salarié via une rupture conventionnelle. Pour le régime d’assurance chômage, voilà la plus importante économie, à hauteur de 840 millions d’euros par an en régime de croisière ! In fine, cette mesure pourrait décourager la création d’entreprise…
Décalage de deux ans de la filière "senior"
pour 40 000 allocataires
L’âge d’accès aux durées d’indemnisation allongées (filière "senior") est reporté de deux ans. Résultat ? La durée maximale d’indemnisation diminuera de 4.5 mois pour les personnes de 53 à 56 ans. Les 40 000 chômeurs concernés verraient leur indemnisation reculer de 17 %, en moyenne, par rapport à la convention précédente.
À noter que le profil type établi par les experts de l’Unedic serait majoritairement des femmes (53 % des impactés), d’anciens salariés en CDI. Là aussi, une mesure déguisée pour lutter contre des ruptures conventionnelles. Pour l’Unedic, cette mesure permettrait d’économiser près de 300 millions d’euros par an. Avec un risque accru de précarité pour les seniors, déjà vulnérables sur le marché du travail.
Plafonnement des jours non travaillés,
une mesure favorable
Le salaire journalier de référence (SJR) est l’assiette qui sert de base au calcul de l’allocation chômage. Avec la convention du 15/11/2024, la part des jours non travaillés prise en compte est limitée à 70 % (au lieu de 75 %). Environ 150 000 allocataires, surtout les travailleurs ayant eu des contrats de travail précaires ou discontinus, verraient leur allocation journalière augmenter de 3 % en moyenne. Ce qui serait positif pour les jeunes, peu diplômés, ayant eu des contrats courts ou saisonniers. Pour l’Unedic, le coût est modeste : -40 millions d’euros.
Une accentuation des inégalités individuelles
Les effets de ces mesures ne se feront pleinement sentir qu’à partir de 2027, une fois la montée en charge achevée. Cette réforme illustre une logique de restriction budgétaire : 2.3 milliards d’économies sur 4 ans… sans oublier 1 435 Md€ de baisse de contributions patronales. Parallèlement, elle cherche à cibler des aides vers les publics les plus fragiles. Cependant, les inégalités individuelles se creusent, selon les profils (cf. infographie n° 2), avec des perdants nombreux (seniors, entrepreneurs) et peu de gagnants (jeunes, saisonniers).
Infographie n°2 :
Distribution de l'impact individuel de la convention sur l'indemnisation
dans les 5 ans suivant sa mise en place
Pour consulter ou télécharger l’étude d’impact publiée par l’Unedic :
